Les Français les plus modestes souffrent du prix du carburant

Plus d’un quart de million de Français sont descendus dans la rue samedi (17 novembre) pour protester contre la hausse du prix des carburants liée à la nouvelle taxe carbone du gouvernement. Portant les gilets jaunes exigés dans tous les véhicules en France en cas d’accident de la route, les manifestants ont tenté de bloquer les grands axes routiers à travers le pays afin d’attirer l’attention sur une liste de griefs qui se sont regroupés autour des appels à la démission du président Emmanuel Macron.

Les protestations de samedi des ” gilets jaunes ” ont été le point culminant de plusieurs mois de colère contre les efforts du gouvernement pour lutter contre la pollution automobile et mettre en place des politiques fiscales respectueuses de l’environnement, une promesse emblématique de la campagne présidentielle de Macron. Bien que les manifestations aient été pour la plupart non violentes, 106 personnes auraient été blessées et un manifestant aurait été tué lorsqu’un conducteur a accidentellement entré son véhicule dans une foule. Près de 300 personnes ont été arrêtées à travers le pays et 28 policiers ont été blessés. (selon Le Figaro)

À une époque où la population s’inquiète de plus en plus de l’impact négatif de la mondialisation sur l’environnement et appelle les gouvernements à agir contre le changement climatique, les manifestations de ce week-end en France montrent que les gouvernements peuvent payer le prix lorsqu’ils choisissent d’agir et que le fardeau le plus lourd des politiques écologiques est souvent porté par ceux de la société qui sont les moins riches.

Taxe carbone et politiques vertes en France

Depuis son élection en mai 2017, M. Macron s’est positionné comme un chef de file en matière d’environnement, dirigeant les négociations autour de l‘Accord de Paris sur le climat, lançant l’initiative “Rendre notre planète encore meilleure” pour financer la recherche sur les changements climatiques et déclarant aux dirigeants mondiaux lors du Sommet “One Planet” que le moment était venu de commencer la transition à une économie plus verte.

Mais Macron n’a pas été en mesure de concilier les demandes urgentes des militants écologistes avec les besoins des gens de la classe ouvrière qui disent que les politiques de protection de l’environnement portent atteinte à leur subsistance. En août dernier, le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot a démissionné parce qu’il estimait que les politiques du gouvernement en matière de changements climatiques étaient insuffisantes. D’un autre côté, en décembre 2017, Macron a déclenché une réaction publique forte en faisant monter en flèche un ensemble de politiques fiscales vertes initiées par son prédécesseur, François Hollande, qui comprenaient une taxe carbone de 44,60 € (51 $) la tonne. La taxe devrait passer à 65,40 € en 2020, et à 86,20 € en 2022.


En France, la taxe carbone s’ajoute à la taxe interne sur la consommation de produits énergétiques, qui s’applique aux entreprises qui produisent, importent et/ou stockent des combustibles fossiles. Généralement, ces entreprises répercutent ces taxes sur les consommateurs en augmentant le prix du carburant qu’elles vendent. Ces dernières années, les taxes sur le carbone ont eu moins d’impact sur les consommateurs, grâce à la faiblesse des prix mondiaux du pétrole. Mais maintenant que les prix du pétrole sont à la hausse, les consommateurs le sentent dans leur portefeuille. Par exemple, les prix du diesel ont augmenté de 6,2 % entre janvier 2017 et janvier 2018. Les ménages pauvres consacrent une plus grande part de leurs revenus à l’essence et aux transports que les ménages riches, ce qui fait que les taxes sur le carbone ont frappé particulièrement durement les travailleurs pauvres et ruraux.

En mai, une pétition en ligne demandant au gouvernement de réduire le prix de l’essence a recueilli plus de 900 000 signatures. Les gens de la classe ouvrière se sont tournés vers les réseaux sociaux pour exprimer leur mécontentement. Une de ces vidéos, enregistrée par l’hypnothérapeute Jacline Mouraud, 51 ans, a été visionnée plus de 6 millions de fois sur Facebook. Elle y dénonce certaines des mesures anti-pollution mises en place par le président Macron et les administrations précédentes, comme l’interdiction partielle des voitures diesel construites avant 2001 et la proposition de créer des péages pour les voitures entrant dans les grands centres urbains. “Quand est-ce que ça va s’arrêter,” demande-t-elle, “cette chasse aux conducteurs ?”